La production du pétrole transporté par Énergie Est est associé à d’importantes émissions de gaz à effet de serre

Combien de gaz à effet de serre (GES) seront générés par le projet Énergie Est? En 2014, l’Institut Pembina estimait que la production du brut pour remplir Énergie Est  produirait les émissions du Canada de 30 à 32 millions de tonnes (Mt), soit l’équivalent de la totalité des émissions produites par les véhicules routiers au Québec. En 2015, TransCanada estimait pour sa part que le projet engendrerait 0,4 Mt de GES, justifiant son exclusion de émissions liés à la production du pétrole transporté par le fait que la compagnie est un transporteur et non un producteur. Pour sa part, la firme Navius estimait que l’impact d’Énergie Est, en comptant les étapes du puits jusqu’aux réservoirs de voiture s’élevait à 12 Mt de GES.

Bien que les calculs effectués pour arriver à ces résultats si divergents ne soient pas toujours très clairs, dans tous les cas, l’impact de la combustion de l’énergie fossile supplémentaire extraite et transportée grâce à Énergie Est n’a pas été pris en compte.

Produire du pétrole pour l’exportation implique que le Canada sera responsable, au moins partiellement, du CO2 produit lors de sa combustion, même si cette combustion se fait dans d’autres pays. C’est une question de responsabilité concernant le choix de la structure industrielle que l’on désire développer. Pour mesurer l’impact global réel de la construction du pipeline Énergie Est, il est donc nécessaire de quantifier les émissions imputables à l’extraction du pétrole des sables bitumineux mais également à la combustion de ces hydrocarbures.  Un calcul plus complet démontre que la construction du pipeline aura pour conséquence de libérer dans l’atmosphère des quantités extraordinaires de GES actuellement enfouis dans le sol.

Un calcul plus complet

« L’analyse du cycle de vie », une approche de plus en plus utilisée dans le domaine de l’environnement, permet de faire le lien entre toutes les étapes de la vie d’un produit, ce qui est résumé par l’expression « du berceau au tombeau ». Ce principe appliqué aux combustibles fossiles nous impose donc de considérer l’impact de toute la chaîne de conséquences liées au pétrole qui circulera dans le pipeline, et non seulement la très faible quantité de CO2 qui sera émise lors de la construction et du fonctionnement du pipeline.

À terme, le pipeline Énergie Est devrait transporter 1.1 million de barils de pétrole par jour, ce qui donne un débit cumulé de 400 millions de barils de pétrole par année, ou exprimé autrement, 63.6 Mt de pétrole par année.

Il est difficile de connaître la composition exacte du pétrole qui circulerait dans le pipeline, car d’une part le pétrole extrait des sables bitumineux a une composition variable, d’autre part, le bitume est transformé chimiquement sur place puis mélangé avec un diluant et les mélanges sont des secrets industriels. Lors de la combustion, ce qui est important c’est le rapport entre le nombre de carbone et d’hydrogène dans les molécules d’hydrocarbures.

Pour fin de simplification, on peut raisonnablement supposer, du fait de la présence du diluant, que le fluide aurait une composition qui se rapproche d’une molécule moyenne du type C20H42, qui est un hydrocarbure lourd.

En utilisant une équation de combustion stœchiométrique, on obtient que 1 tonne de pétrole produit 3.1 tonnes de CO2. Le débit de 63.6 Mt de pétrole passant par le pipeline serait donc la cause de l’émission de 197.2 Mt de CO2 par année.

À cette valeur, il faut ajouter le fait qu’il est nécessaire de brûler 1 baril de pétrole pour en extraire environ 4 barils, on obtient donc un ajout de 15.9 Mt de pétrole consommé sur place qui émettra 49.3 Mt de CO2 supplémentaires par année pour un total de 246.4 Mt par an.

La quantité totale de CO2 que représenterait le pétrole extrait et passant par le pipeline Énergie Est, est donc de 246.4 Mt par année. Sur une période de 10 ans, on obtient 2460 Mt de CO2.  À titre de comparaison, les émissions annuelles totales de tout le Canada oscillent ces dernières années entre 725 et 750 Mt par an.

Que le calcul s’effectue avec ou sans les émissions liées à la combustion des hydrocarbures transportés par Énergie Est, ce projet entraînerait le Canada dans une direction opposée à ce que les experts internationaux du GIEC proposent. Les conclusions de la conférence COP21 à Paris en décembre 2015 sont  sans équivoque et indiquent qu’il est urgent d’agir et l’action à entreprendre est clairement identifiée comme celle de décarbonater l’économie. Il est donc insensé de donner suite au projet Énergie Est.

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Usine de production de pétrole à partir des sables bitumineux


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